Critique de l’historiographie et historiographie critique chez Anatole France

Plan de l'article :

L’envers de l’historiographie contemporaine

D’autres arts du récit : écriture de l’histoire idéale et « révisionnisme » narratif


     L’historiographie et les études historiques se voient profondément renouvelées à partir des années 1870 en France sous l’impulsion des historiens républicains. Dans la continuité des transformations conduites sous le Second Empire par Victor Duruy, après le choc de la défaite militaire contre la Prusse, il apparaît nécessaire de mieux former les élites du pays pour soutenir la refondation nationale. Ce sont alors les historiens dits méthodiques qui conduisent la progressive modernisation de l’université française. L’histoire, fer de lance pédagogique du développement de la IIIe République, se professionnalise et s’affirme en tant que discipline autonome. Peu à peu, les autres domaines (la géographie, la philosophie, la sociologie naissante…) subissent l’influence de l’idéal méthodique, qui est parfois appelé « positiviste ». À la fin du XIXe siècle, le mandarin Ernest Lavisse, professeur en Sorbonne dès 1880, puis directeur de l’École normale supérieure à partir de 1904, incarne la suprématie des historiens, scientifiques, universitaires et pédagogues alliés au régime républicain.
     En 1876, le premier « manifeste » méthodique, le lancement de la Revue historique de Gabriel Monod, préconise une nouvelle façon d’établir et d’écrire l’histoire. À l’image de ce qui se pratique dans les prestigieuses universités allemandes, il stipule que l’historien doit adopter une démarche philologique et se montrer impartial face aux documents qu’il étudie. Plus question de s’adonner aux fioritures littéraires, comme les historiens romantiques des générations précédentes, ou aux interprétations philosophiques. En 1898, les historiens Charles Seignobos et Charles-Victor Langlois publient le célèbre manuel d’Introduction aux études historiques qui consacre la « méthode » et sacralise la critique des sources documentaires dans l’exercice de la raison historienne. Leurs revendications théoriques s’appuient sur des évolutions institutionnelles très concrètes, comme la réforme des programmes et cursus universitaires.
     L’exigence d’une plus grande scientificité dans la discipline historique a des conséquences directes sur les rapports entre littérature et histoire. Tout au long de la période considérée (1870-1914), l’avènement des humanités modernes est en effet perçu comme un cheval de Troie dans l’université. La promotion de la méthode bouscule la tradition littéraire et lettrée. De nombreux écrivains, journalistes et hommes de lettres perçoivent la méthode comme une provocation moderniste visant à détruire le socle des humanités classiques (prégnantes dans la formation des élites) pour la remplacer par une culture jugée utilitariste. Par ailleurs, la méthode est souvent accusée d’être une importation d’outre-Rhin, donc étrangère à l’esprit national, et ce malgré la dimension patriotique indéniable de l’histoire républicaine. L’histoire est un domaine profondément politique. Après un siècle de révolutions, après le double traumatisme du siège de Paris et de la Commune, les enjeux politiques de l’histoire sont plus que jamais d’actualité. On comprend donc que le sujet soit si polémique et que les écrivains et journalistes veuillent avoir voix au chapitre en matière de transmission du passé et de place du savoir dans la cité.

     Cette contribution vise à montrer comment l’œuvre d’Anatole France (1844-1924) investit les débats historiographiques de la fin du XIXe siècle, en particulier comment il réagit à l’avènement de l’historiographie méthodique. Passionné par l’étude du passé et conscient des profonds enjeux politiques et moraux que revêt l’écriture de l’histoire, France envisage la relation entre historiens et gens de lettres sur le mode de la rivalité. Il se montre parfois polémique, tout en proposant des renouvellements du cadre de pensée imposé par la méthode. France est un auteur indissociable de la «Troisième République des lettres1 » ; par son positionnement historique, il accompagne les scansions de l’actualité, de ses premiers succès en prose vers 1880, jusqu’à sa mort au milieu des années 1920. Il occupe également, tout au long de cette période, une position centrale dans la vie littéraire et journalistique – élément déterminant dans la mesure où la littérature, tout particulièrement à cette époque, est le « nœud constitutif de l’identité politique à la française », selon une formule de Pierre Nora. Très lu à l’époque, France est un faiseur d’opinions influent, ce qui est précieux pour observer les effets de réseaux autour de la réforme méthodique de l’histoire, accomplie sous l’action d’un petit cercle d’universitaires et d’hommes politiques.

L’envers de l’historiographie contemporaine

     La culture et la sensibilité d’Anatole France semblent le prédisposer, dès ses premières expériences, à apporter sa pierre aux édifices du « siècle de l’histoire ». Né en 1844, il est le fils de François Noël Thibaut, dit Noël France, un libraire spécialisé dans les ouvrages et documents de la Révolution française : le contact avec la librairie paternelle lui procure une familiarité privilégiée avec l’univers des archivistes et des collectionneurs. Dans sa jeunesse, France travaille pour la revue biographique et historique L’Amateur d’autographes dirigée par son parrain Jacques Charavay. Bien qu’il n’ait pas entamé d’études d’histoire, il développe une pratique érudite. À vingt-quatre ans, il a l’idée d’une encyclopédie collective de la Révolution, projet resté au stade de prospectus. En 1882, il livre le début d’une Histoire de France à l’éditeur Lemerre – l’ouvrage n’est cependant pas publié et sera le prétexte d’une brouille entre l’écrivain et l’éditeur. Dans ses souvenirs (Le Livre de mon ami), France évoque le projet sublime d’écrire une histoire de France en 50 volumes : cette rêverie attribuée à un enfant est significative des ressorts de son imaginaire ainsi que de son ambition intellectuelle.
     L’œuvre majeure de France dans le domaine historique est sa Vie de Jeanne d’Arc en deux volumes, parue en 1908, fruit de trente ans de lectures et de recherches. Ayant étudié le procès de Jeanne d’Arc et la littérature sur les miracles, l’écrivain se prononce en faveur de la thèse rationaliste selon laquelle Jeanne d’Arc aurait été sujette à des hallucinations auditives (sa vision s’accorde à celle de la plupart des contemporains laïcs, tel le célèbre professeur Thalamas). La Vie de Jeanne d’Arc soulève de vives critiques, en particulier auprès du lectorat catholique. Car à la fin du XIXe siècle, l’héroïne lorraine est une figure extrêmement politisée, au centre d’une bataille des mémoires entre républicains et nationalistes. L’accueil très peu favorable de sa Jeanne d’Arc peut expliquer une partie de la virulence antipositiviste de France à la fin de sa carrière, et notamment les pages les plus acerbes de L’Île des Pingouins, publié quelques mois après la Vie de Jeanne d’Arc. Cependant, la critique des historiens est une dimension récurrente dans son œuvre, et bien plus ancienne : depuis ses premiers récits en prose, l’écrivain exerce son ironie contre le manque d’humanité des savants. D’une œuvre à l’autre, les représentations des intellectuels dans l’œuvre de France se font légèrement satiriques ou franchement critiques. Elles s’infléchissent en lien avec l’actualité politique et universitaire, et selon l’évolution du regard que l’écrivain porte sur sa propre condition.

     Chez France, l’histoire est principalement caricaturée à travers les nombreux personnages d’historiens qui peuplent l’œuvre de fiction. Il s’agit d’historiens au sens large, c’est-à-dire aussi bien des professionnels qui écrivent l’histoire et l’enseignent en Sorbonne, que des représentants des sciences auxiliaires de l’histoire, tels les archéologues, et des professions liées au domaine historique, comme les bibliothécaires ou les collectionneurs. Les professeurs d’université, comme le latiniste M. Bergeret dans L’Histoire contemporaine (1897-1901), ne sont pas des historiens à proprement parler, mais ils sont indéfectiblement liés à l’univers intellectuel de l’historiographie contemporaine pour deux raisons. D’abord, ils partagent les mêmes traits sociologiques et la même culture que leurs collègues. Ensuite, avec l’avènement de la méthode dans l’université française du dernier quart du XIXe siècle, eux aussi sont encouragés au culte du document, à la critique des sources et à la pratique bibliographique, ainsi que le montre la fondation de l’histoire littéraire moderne sous l’égide de Lanson.
     Le procédé de la caricature, outre l’accentuation des traits perçus dans la réalité, comporte une dimension critique révélatrice. Dans Le Crime de Sylvestre Bonnard, membre de l’Institut (1881), le personnage éponyme est un archiviste-paléographe débonnaire et ridicule. Spécialiste de l’histoire de la Gaule chrétienne, Sylvestre Bonnard fait figure d’érudit désuet, anachronique : il connaît les lois médiévales, mais ignore celles de son siècle, en particulier le Code Napoléon2. On pourrait lui appliquer ce que France écrira à propos d’Adone Doni dans Le Puits de sainte Claire (1895) : « Il vivait dans les images du passé et dans le songe de l’avenir. La notion du temps présent lui était absolument étrangère3 ». Toutefois, le personnage évolue au fil du récit et de ses efforts pour enlever sa pupille Jeanne à sa pension ; la pupille finit par épouser l’autre protégé de Bonnard, le jeune chartiste et docteur en histoire médiévale Gélis, sous la bénédiction ambiguë de l’érudit qui sacrifie sa bibliothèque pour la dot.
     M. Pigeonneau, tiré d’une nouvelle éponyme du recueil Balthasar (1889), est un archéologue. France ridiculise cet érudit en soulignant sa propension à se laisser manipuler sans vergogne par la gent féminine, ainsi qu’en lui prêtant de nombreuses contradictions. L’assurance que professe Pigeonneau (« J’ai voué comme chacun sait ma vie à l’archéologie »…) est proportionnelle au grotesque du personnage, ainsi que le laisse deviner l’onomastique peu flatteuse.
     Par ailleurs, l’écrivain utilise aussi le procédé satirique de l’animalisation (« Pigeonneau »), et même l’intensifie, dans le roman méta-historique L’Île des Pingouins (1908), avec le duo des historiens Fulgence Tapir et Johannès Talpa, le tapir et la taupe4. Le narrateur rend visite au premier dans la préface :

Introduit dans son cabinet de travail, je trouvai, assis devant un bureau à cylindre, sous un amas épouvantable de papiers, un petit homme merveilleusement myope dont les paupières clignotaient derrière des lunettes d’or. […] Les murs du cabinet de travail, le plancher, le plafond même portaient des liasses débordantes, des cartons démesurément gonflés, des boîtes où se pressait une multitude innombrable de fiches, et je contemplai avec une admiration mêlée de terreur les cataractes de l’érudition prêtes à se rompre5.

     La dérision est patente. Elle se dissémine finement dans le texte, avec la syllepse sur « myope » (car le savant malvoyant est incapable de prendre du recul, de s’adonner à la synthèse) ou sur « cataracte » (qui désigne étymologiquement une chute d’eau, puis une affection de l’œil). À la fin de la scène, le narrateur ouvre malencontreusement la boîte à fiches, symbole et représentation stéréotypée de l’érudition méthodique. Le savant tapir disparaît, englouti par le déluge documentaire. L’autre historien des Pingouins, Talpa, est un chroniqueur du Moyen Âge. Dans le récit, il continue sa tâche de copiste même quand le monastère prend feu. Son nom renvoie à la taupe, autre animal vivant au ras du sol… et aux vues bien courtes. L’intégralité de L’Île des Pingouins regorge ainsi de représentations satiriques. Les nuances ironiques remettent au goût du jour les procédés traditionnels de la caricature, en accentuant leur portée critique à l’encontre des professionnels de l’histoire.
     De façon plus directement politique, la tétralogie Histoire contemporaine introduit un microcosme de personnages représentatifs des élites de la IIIe République. L’érudit local, M. de Terremondre est catholique. Il préside une fictive Société d’agriculture et d’archéologie : avec humour, France associe les deux domaines, suggérant que les fouilles archéologiques ne sont que la version raffinée du glanage de pommes de terre. Le comparse de Terremondre, l’archiviste anticlérical Mazure, est spécialisé dans les documents d’histoire locale liés à la Révolution française. Pour le lecteur de l’époque, il désigne de façon évidente la vaste entreprise de collecte documentaire conduite par l’historien méthodique (et républicain) Alphonse Aulard dans les années 1880, pour le centenaire de la Révolution française. À cette époque, le débat sur la place de la violence révolutionnaire dans l’identité nationale est vif. Or l’archiviste Mazure fait figure de jacobin inquiétant.

— Donnez-nous vos raisons, Bergeret, dit l’archiviste Mazure qui, vivant dans l’admiration de 93 et de la Terreur, trouvait à la guillotine une sorte de vertu mystérieuse et de beauté morale. Moi, je suis pour la suppression de la peine de mort en droit commun et pour son rétablissement en matière politique6.

     France suggère à plusieurs reprises que l’archiviste pense avoir des convictions révolutionnaires et anticléricales quand ses actions sont en réalité motivées par l’intérêt personnel – il rêve en effet de se voir décerner des palmes académiques, et il alterne entre la misanthropie et l’indulgence en fonction de son avancement. L’écrivain caractérise de la même manière le préfet Worms-Clavelin. Ce représentant du gouvernement « se cro[i]t de bonne foi positiviste7 » quand il gouverne de façon technocratique : le personnage trinque « avec des chimistes politiciens8 » (allusion probable à Marcelin Berthelot) et « appréci[e] d’autant mieux la science qu’elle lui était plus utile9 ». C’est une nouvelle façon de dénoncer la collusion des historiens et du pouvoir, autrement dit l’alliance du savant et du politique sous la IIIe République positiviste. Déjà, dans Les Désirs de Jean Servien (1882), le grotesque précepteur Tudesco est une figure de la science qui s’enivre de sa propre autorité : faisant l’éloge du savoir, le personnage s'exclame « La science ! Les études ! Quelle puissance ! Savoir, c’est pouvoir10 » tout en s’imbibant généreusement d’absinthe dans une distillerie.
     Le mémorable personnage principal de l’Histoire contemporaine, M. Bergeret, présente initialement des caractéristiques proches de celles de Sylvestre Bonnard. Mais l’érudit enfermé dans la tour d’ivoire de sa bibliothèque, se montre, au fil du récit, de plus en plus humain et alerte envers les enjeux du présent. En outre, comme Bonnard, M. Bergeret voit l’élève dépasser le maître en matière de conquêtes féminines – car son protégé, M. Roux, séduit Mme Bergeret. Les figures de l’autorité savante et professorale chez France ont un trait commun : la plupart de ces personnages sont maladroits avec les femmes, naïfs ou incompétents dans le commerce amoureux. Dans Jocaste et le Chat maigre (1879), le jeune médecin Longuemare est un positiviste au cœur froid, insensible aux charmes de la belle Hélène. L’écrivain passionné d’histoire souligne le parallèle entre l’homme qui n’est pas ému par la beauté féminine, et l’historien qui autopsie les documents de façon systématique, sans état d’âme.

     Par ailleurs, la critique à l’égard du positivisme dans les études historiques se déploie au travers d’un certain nombre de lieux communs, empruntés au lexique et aux arguments des historiens méthodiques eux-mêmes. Comme d’autres écrivains de la même époque (ainsi Huysmans dans Là-Bas, Bloy dans Le Désespéré, Barrès dans Le Jardin de Bérénice… ou plus tard Péguy), France ironise à propos des « faits », des « fiches », de la sacralisation des « sources », et bien entendu de la « méthode ». Ses allusions, plus ou moins développées, visent à remettre en question le degré de certitude placé par les méthodiques dans l’accumulation documentaire. Elles explorent donc l’imaginaire du découpage analytique et du classement. France ne rejette pas le principe scientifique pour lui-même, mais il récuse certaines de ses applications, par exemple la façon dont l’offensive méthodique empiète sur la tradition littéraire.
     Les dérives de la méthode sont suggérées entre autres dans L’Orme du mail, avec le général Cartier de Chalmot. Le portrait satirique contre l’armée est d’autant plus savoureux qu’il est publié peu avant l’affaire Dreyfus.

[…] le général Cartier de Chalmot avait mis sa division en fiches dans de petites boîtes de carton qu’il posait chaque matin sur son bureau et qu’il rangeait chaque soir sur des tablettes de bois blanc, au-dessus de son lit de fer. Il tenait ses fiches à jour avec une exactitude scrupuleuse, dans un ordre qui le remplissait de satisfaction. Chaque fiche représentait un homme. La forme sous laquelle il considérait désormais ses officiers, ses sous-officiers et ses soldats contentait son instinct de régularité, et correspondait à son intelligence de la nature. […] Probe et timide, excellent calligraphe, il avait enfin trouvé la méthode appropriée à son génie et il l’appliquait avec la dernière rigueur, commandant sa division sur fiches.
Ce jour-là, s’étant levé, selon son habitude, à cinq heures du matin, il avait passé de son tub à sa table de travail ; et, pendant que le soleil montait avec une auguste lenteur au-dessus des ormes de l’archevêché, le général organisait des manœuvres en maniant ses cartons représentatifs de la réalité, et identiques à la réalité pour cette intelligence respectueuse excessivement des signes. Il y avait plus de trois heures qu’il appliquait sur ses fiches sa pensée et sa face, pâles et tristes comme les fiches elles-mêmes, quand son domestique lui annonça M. l’abbé de Lalonde11.

Le général fait preuve d’une forme de cratylisme irrespectueux. Il réduit les hommes à des morceaux de papier, comme l’historien méthodique réduirait les émotions des hommes du passé à des collections de dates. L’absence de sensibilité du général est d’autant plus condamnable que ce dernier ignore les charmes de l’existence. Son rythme de vie mécanique lui donne des allures d’automate. La représentation traduit l’inquiétude de l’écrivain vis-à-vis de la vie moderne régulière et systématique, infiniment rangée et normée, sans joie. Pour France, dont toute l’œuvre exalte la beauté de la nature, de l’imagination et de la rêverie, la vie mise en fiches constitue un repoussoir absolu sur les plans esthétique et éthique… mais aussi politique.
    Ainsi, dans Sur la pierre blanche (1905), une sorte de roman d’anticipation moraliste, un personnage se présente comme à la fois artisan et scientifique. La description s’appuie sur les convictions teintées de socialisme de France après l’affaire Dreyfus : l’écrivain sous-entend que l’organisation méthodique du travail est un péril pour l’individu, dont la vie se trouve alors soumise aux aléas de la société productiviste.

Je suis boulanger pendant six heures. C’est la durée de la journée telle qu’elle a été fixée par le Comité fédéral. Le reste du temps, je fais de la statistique. C’est la science qui a remplacé l’histoire. Les anciens historiens contaient les actions éclatantes d’un petit nombre d’hommes. Les nôtres enregistrent tout ce qui se produit et tout ce qui se consomme12.

Si le ton peut rappeler certaines inquiétudes anciennes (telles celles de Jules Verne face au déclin des humanités classiques, déjà sous le Second Empire13), c’est ici l’accélération du capitalisme industriel au début du XXe siècle qui est dénoncé. Dans l’extrait, la rationalisation méthodique du temps de l’existence sociale, avec l’enregistrement mécanique de la journée ouvrière, dépossède l’individu du sens de son travail.
     Certes, les études statistiques ne deviennent pas véritablement importantes dans la discipline historique avant le milieu du XXe siècle et le développement de l’histoire dite sérielle en France. Vers 1900, la statistique est plutôt un outil de la sociologie, une discipline universitaire rivale de l’histoire alors en voie d’affirmation. Les querelles méthodologiques entre sociologues durkheimiens et historiens sont restées célèbres, à l’image de la controverse entre Seignobos et Simiand en 1903. Cependant, les écrivains de l’époque, au premier rang desquels France, assimilent les deux sciences sociales. La sociologie est perçue comme une extension naturelle de l’histoire méthodique, puisqu’elle repose à l’origine sur le même principe d’accumulation de données factuelles et d’effacement de la subjectivité de l’enquêteur, et qu’elle s’accomplit dans les mêmes lieux, à savoir l’université républicaine réformée. Ainsi, les critiques exprimés par France à l’égard de la sociologie fonctionnent de la même manière que celles contre l’historiographie républicaine. Dans Monsieur Bergeret à Paris, le personnage de Bissolo, qui est censé être un militant socialiste, se révèle fort inquiétant dans son mépris du peuple.

Je ne pus me retenir de reprocher sévèrement au citoyen Bissolo de calomnier la foule française. Il répondit qu’il était sociologue, il faisait du socialisme à base scientifique, il possédait dans une petite boîte une collection de faits exactement classés qui lui permettaient d’opérer la révolution méthodique. Et il ajouta : c’est la science et non le peuple qui est la souveraineté14.

La méthode prétendument rationnelle et neutre s'avère profondément politique. Elle est ici perçue comme usurpant l’autorité qui revient normalement au peuple dans un régime démocratique. Elle impose sa domination formelle. Or France exprime fréquemment la crainte que l’histoire statistique (mathématique, impersonnelle) remplace l’histoire narrative traditionnelle. Il vise notamment les idées de Louis Bourdeau, historien et auteur d’un manifeste15 pour une histoire encore plus « scientifique » que celle des méthodiques. En 1888, France avait attaqué l’histoire-science de Bourdeau dans une recension au Temps. Sans dénier l’importance d’étudier l’histoire économique et sociale plutôt que l’histoire politique, il refuse la froideur du regard ainsi porté sur le peuple.

Nous voulons des contes que nous puissions croire, l’histoire de la Révolution française, par exemple. Laissez-nous le roman de l’histoire. S’il n’est pas vrai tout entier, il contient quelque vérité. Je dirai même qu’il renferme des vérités que votre statistique ne contiendra jamais. La vieille histoire est un art ; c’est pourquoi elle a, dans sa beauté, une vérité spirituelle et idéale bien supérieure à toutes les vérités matérielles et tangibles des sciences d’observation pure : elle peint l’homme et les passions de l’homme. C’est ce que la statistique ne fera jamais. L’histoire narrative est inexacte par essence. Je l’ai dit et ne m’en dédis pas : mais elle est encore, avec la poésie, la plus fidèle image que l’homme ait tracée de lui-même. Elle est un portrait. Votre histoire statistique ne sera jamais qu’une autopsie16.

     À travers ces formules, l’écrivain exprime des critiques épistémologiques qui portent sur l’inadéquation de la méthode aux objets. C’est pour cela que France fustige le savant qui serait insensible au charme de ses objets d’étude et à leur potentiel émotif : là réside leur essence. Il avance également de sérieux doutes sur les implications morales et politiques de l’histoire-science. Selon lui, loin d’être un outil de formation et de gouvernement éclairé, les approches « scientifiques » de l’humain qui s’accentuent au tournant des XIXe et XXe siècles comporteraient des germes de despotisme.
     Remarquons tout de même que, dans sa critique de l’historiographie républicaine, France n’est pas irrationaliste et ne condamne pas la science comme principe. Il s’insurge seulement contre les excès de la science, contre le peu d’humanité des sciences dites humaines. En cela, il se distingue de nombre d’écrivains idéalistes qui s’affirment dans les années 1890, au premier rang desquels les écrivains du renouveau catholique. Par ailleurs, quand il représente les intellectuels de façon satirique, ou quand il dénonce les travers des républicains et des socialistes, c’est contre ses semblables qu’il ironise : par la satire morale, intellectuelle et sociale, l’écrivain travaille à la délimitation de ses propres missions.

     Son propos critique est moins nuancé quand il tourne en dérision une autre forme d’historiographie encore très en vogue à la fin du XIXe siècle, l’histoire religieuse, avec un anticléricalisme moqueur. De manière générale, France nourrit tout au long de son œuvre un refus des grands récits sur l’histoire qui ont fait florès au XIXe siècle. S’il reconnaît qu’il est parfois souhaitable de délaisser les documents pour s’adonner à l’art de la synthèse, toute explication systématique tourne au ridicule. Quand lui-même s’autorise le grand récit, c’est au futur, sur le mode de la spéculation ambiguë (Sur la pierre blanche), en utilisant le surnaturel (La Révolte des anges), ou encore sur un mode satirique et bouffon (L’Île des pingouins).

D’autres arts du récit : écriture de l’histoire idéale et « révisionnisme » narratif

     Si France brandit de nombreux repoussoirs historiographiques, il a cependant des modèles, et admire certaines façons d’écrire l’histoire. Il lit par exemple Michelet en littéraire et en artiste, évoquant ses « romans plaisants ». Dans un article de critique littéraire consacré à l’Histoire de la Révolution française, France valorise Thiers comme historien écrivant dans le « feu de l’enthousiasme », sans longues recherches préliminaires, vivant au présent et puisant un souffle dans les combats de son temps. Il oppose cet anti-modèle méthodique, aux « érudits de la nouvelle école […] plus enclins à publier des documents qu’à les mettre en œuvre17 ».

     L’historien de prédilection de l’auteur (si l’on accepte de laisser de côté la complexe question de l’influence de Voltaire) semble être Ernest Renan. Jusqu’à sa mort en 1892 et au-delà, Renan constitue une figure tutélaire pour les écrivains de la IIIe République, en rivalité avec Hippolyte Taine qui bénéficie une image de savant positiviste plus systématique (et dont les Origines de la France contemporaine, publiées à partir de 1875, ravissent les détracteurs de l'héritage révolutionnaire). Vis-à-vis de Renan, France privilégie la dimension d’auteur de la Vie de Jésus (une influence de la Vie de Jeanne d’Arc) et met à distance les élans de jeunesse comme L’Avenir de la science. Le projet de Renan d’écrire l’histoire du christianisme de façon dépassionnée, ainsi que son origine bretonne qui le rattache à un territoire pétri de légendes, stimulent assurément la sensibilité francienne. Ainsi, la figure du sage abbé Jérôme Coignard, qui reparaît épisodiquement dans l’œuvre18, pourrait être un hommage. L’écrivain devient d’ailleurs indirectement lié à la famille de Renan quand sa fille, Suzanne, épouse en 1908 Michel Psichari, petit-fils du maître. Loin d’être anecdotique, ce détail révèle la proximité sociale des acteurs du débat historiographique de la fin du XIXe siècle.
     Dans un article élogieux sur le premier tome de l’Histoire d’Israël, France célèbre la capacité de Renan à se saisir des vérités rigoureuses établies par la méthode philologique, tout en les présentant de façon délicate et nuancée – c’est là une différence majeure avec l’historiographie scientiste qui préconise l’effacement stylistique : « La substance était là. Il lui donna la forme, il lui donna l’âme, étant artiste et poète19 », souligne-t-il. La comparaison de deux représentations du roi David, l’une douce et modeste, l’autre majestueuse, lui inspire l’idée suivante : « il est doux de vivre en un temps où la science et la poésie trouvent chacune son compte, puisqu’une large critique nous montre tout ensemble, d’une façon merveilleuse, et le bourgeon plein de sève de la réalité et la fleur épanouie de la légende ». La métaphore végétale du propos critique est essentielle, en tant qu’elle allie les deux aspects nécessaires à la représentation du passé selon France : le « bourgeon » de la réalité et la « fleur » de la légende, le premier possédant peut-être plus de substance, mais le second ayant indéniablement plus d’attrait.
     De manière récurrente dans son œuvre, France proclame l’idée selon laquelle l’histoire est un art, c’est-à-dire un genre littéraire à visée en partie esthétique. Il reproduit les mêmes propos, au mot près, à la fin du Crime de Sylvestre Bonnard, dans l’article « Les torts de l’histoire », déjà mentionnés, et dans le recueil d’aphorismes Le Jardin d’Épicure (1895). On peut résumer son argumentation par cette formule proverbiale : « L’histoire n’est pas un art, c’est une science, et on n’y réussit que par l’imagination ». Même si au fond France n’est pas opposé à l’esprit scientifique, il noircit le trait afin de s’inscrire en faux contre l’histoire méthodique. Par le terme d’« imagination », l’écrivain désigne le pouvoir de la fiction et de la rêverie, mais aussi l’émotion. Comme on l’a vu, il dénie à la science tout charme. Selon lui, le positivisme engendre des monstres froids et inquiétants (avant même d’en envisager les possibles répercussions politiques, comme dans Sur la pierre blanche). Ainsi, le conte « Abeille » dans le recueil Balthasar (1883) présente la figure repoussoir d’une petite fille qui se documente sur les microscopes et lit des « romans scientifiques ». Que dire d’une enfant de neuf ans qui récite des notices de dictionnaire au lieu de se laisser envoûter par l’univers du conte merveilleux ? L’imagination, c’est aussi la sensibilité, la capacité à s’émouvoir et à s’écarter d’une doctrine préconçue, à appliquer une justice humaine et tout simplement à aimer… Autant de qualités que valorise France. Dans Les dieux ont soif (1912), le révolutionnaire Évariste Gamelin n’est pas capable de cette émotion éthique qui fait écart à l’impératif rationnel et humanise l’individu. Au Tribunal révolutionnaire, il applique sans discernement et sans exception la décision de combattre les supposés ennemis du mouvement : son orthodoxie fanatique et son absence d’émotion le transforment en meurtrier de masse.

     L’art n’est pas seulement un agrément : pour France, il est un besoin de l’humanité. En se fondant sur sa propre expérience de lecteur, en repensant à ses souvenirs d’enfance et à la fameuse « vieille Bible en estampes » remplie d’images d’Épinal qu’il évoque souvent, l’écrivain défend un certain goût pour la légende, le charme d’une histoire merveilleuse et le plaisir du texte. Il est significatif que l’historien Sylvestre Bonnard, dans la quête documentaire qui occupe une bonne partie du Crime de Sylvestre Bonnard, recherche un exemplaire de La Légende dorée, et non une source archéologique ou historique. Dans plusieurs textes critiques, France prétend que chaque homme possède, « au fond du cœur », « le goût du merveilleux ». Commentant des contes, il affirme : « Le merveilleux est un mensonge. Nous le savons et nous voulons qu’on nous mente20 » ». Dans L’Anneau d’améthyste, le recteur Leterrier prétend que la science est bonne pour éclairer la démocratie. Bergeret lui répond : 

Les vérités scientifiques ne sont pas sympathiques au vulgaire. Les peuples, monsieur, vivent de mythologie. Ils tirent de la fable toutes les notions dont ils ont besoin pour vivre. Il ne leur en faut pas beaucoup, et quelques simples mensonges suffisent à dorer des millions d’existences. Bref, la vérité n’a point de prise sur les hommes. Et il serait fâcheux qu’elle en eût, car elle est contraire à leurs génies comme à leurs intérêts21.

La vision de Leterrier, qui semble inspirée du « Pouvoir des fables » de La Fontaine22, est un topos éthique chez France. On la trouve, exactement dans les mêmes termes, dans ses Opinions sociales (1902) et dans Le Jardin d’Épicure (1895). Cela ne signifie pas que l’écrivain serait démagogue ou machiavélien. D’ailleurs, il n’énonce pas directement l’idée selon laquelle un récit adressé au peuple doit être formulé de façon agréable. Il suggère cette dimension par un biais non assertif, le dialogue contradictoire entre plusieurs personnages, au sein duquel chaque intervenant reflète une partie de sa réflexion. Comme il s’agit d’un texte contemporain de l’affaire Dreyfus et que France est impliqué aux côtés des dreyfusards, Leterrier émet aussitôt un contre-argument en citant la conception de la vérité selon Zola (celle en œuvre dans « J’Accuse !… »). Il s’agit d’une vérité immédiate, une vérité universelle dans l’esprit des Lumières, tout comme la justice. Mais l’écrivain est rarement si optimiste à propos du pouvoir manifeste de la vérité.
     Dans ce plaidoyer pour des formes d’écriture distinctes des préceptes méthodiques, France ne fait pas l’apologie du mensonge. Il ne prétend pas qu’il vaut mieux écrire une histoire plaisante qu’une histoire vraie. Son attention au document original, ainsi que son érudition précise quand il évoque des époques reculées, montrent sa volonté de saisir, autant que possible, l’authenticité des temps passés. Ses travaux minutieux sur Jeanne d’Arc, dans lesquels il a essayé de démêler le faux de la légende, attestent, de même, de son profond respect pour la vérité. L’auteur conteste en priorité la façon dont l’histoire scientifique s’écrit selon des recettes normées, et comment l’école scientiste prétend à l’hégémonie au détriment du patrimoine littéraire, avec toutes les répercussions sociales et politiques que l’on peut imaginer.
     L’écrivain idéal selon France n’a pas vocation à innover. Puisque tout a déjà été pensé et écrit, en matière historiographique et au-delà, sa responsabilité est de s’exprimer avec style et nuance, avec goût, et de mobiliser ses connaissances (y compris tirées de documents) de façon personnelle. France plaide pour une écriture subjective de l’histoire, à rebours du modèle collectif et impersonnel des méthodiques. Pour lui, il n’y a pas une seule bonne manière de se faire historien. En commentant élogieusement l’évolution de Thiers, il écrit : 

Sa façon était bonne, mais il se trompait en croyant qu’elle était la seule bonne. Plus d’un style convient à l’histoire. Celui d’Augustin Thierry y est parfaitement approprié. On en peut dire autant de celui de Guizot, qui est tout autre. Tacite et Michelet ne sont simples ni l’un ni l’autre, et ce sont tous deux de grands écrivains23.

 

     Au-delà de la critique des modèles historiographiques existants, France développe ses propres dispositifs pour représenter et écrire l’histoire, essentiellement à travers son œuvre de fiction (qui n’est pas toujours aisément catégorisable comme « fiction historique » ou « roman historique »). L’un de ces procédés, la réécriture « révisionniste », s’adosse à l’historiographie existante tout en la subvertissant. Cette notion de révisionnisme doit être entendue au sens premier, distinct de toute connotation négationniste qu’elle a pu acquérir au cours du XXe siècle. Il s’agit d’une approche qui vise à remettre en cause des dogmes établis ; la défense de Dreyfus, en 1898, est révisionniste en ce sens.
     Une nouvelle du recueil L’Étui de nacre (1892), « Le Procurateur de Judée », est un exemple de relecture d’un épisode historique souvent cité dans les études franciennes. Elle dépeint une conversation d’un fonctionnaire romain consciencieux, un certain Pontius Pilatus, dans une Antiquité qui n’est pas épargnée par l’antisémitisme, à l’instar de la France des années 1890. La chute de la nouvelle révèle que Ponce Pilate ne se souvient plus avoir condamné un certain Jésus le Nazaréen… Il y a bien sûr de la provocation anticléricale dans la réhabilitation du procurateur, et dans cette relativisation de l’importance de la mort du Christ (la nouvelle paraît initialement dans la presse le jour de Noël). Cependant, France est coutumier d’un tel procédé de détournement ou décentrement.
     Les contes du recueil Clio (1900) fonctionnent pour la plupart sur le même schéma que « Le Procurateur de Judée ». On y rencontre un vieux chanteur aveugle qui se révèle finalement être le poète Homère ; un conjuré contre la ville de Florence qui l’a aussi sauvée, dans l’ignorance de tous ; un petit clerc, coupable d’assassinat sur un chanoine, qui devient un héros de la guerre de Cent Ans. Dans « La Muiron », Napoléon sur une frégate, un mois avant le coup d’État du 18 brumaire, parle de science et de poésie ; il présente un tout autre visage que le général victorieux ou l’empereur autoritaire de l’historiographie traditionnelle. Même Thaïs (1890), l’histoire d’un ermite du IVe siècle séduit par une danseuse, qui par certains aspects est un roman historique, constitue à sa manière une révision de légende. Les dieux ont soif (1912), le grand roman historique de l’auteur, déroge à l’image traditionnelle de la Révolution française : il offre une peinture de la vie quotidienne sous la Révolution, par opposition à l’horizon d’attente qui est structuré à partir d’événements politiques et de personnages iconiques. Pour preuve de l’importance de la veine révisionniste chez France, le recueil Les Sept Femmes de Barbe Bleue (1909), qui ne traite pas d’histoire mais de contes de fées, offre de même des réécritures subversives des contes de Perrault au moyen d’allusions médiatiques anachroniques. L’incipit de « La Belle au Bois dormant » assimile la démarche du conteur révisionniste à celle d’un journaliste qui communiquerait au public des révélations inédites à l’aide de nouveaux documents :  la presse de la fin du XIXe siècle encourage sans doute une telle approche…
     Dans la diversité des époques considérées et des tonalités narratives mobilisées, ces textes ne portent pas de jugement sur les événements passés, qu’ils soient proches ou lointains. Les déplacements de regard qu’ils induisent invitent à considérer d’un œil neuf la grande histoire, et à défaire certaines (fausses) évidences. À terme, ils sécrètent de nouvelles pistes pour écrire l’histoire, en s’éloignant des dogmes et des biais de l’historiographie méthodique.

 

Bibliographie indicative

Corpus primaire

France, Anatole, Œuvres, 4 vol., éd. Marie-Claire Bancquart, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1984-1994.

France, Anatole, Le Jardin d'Épicure, Paris, Calmann-Lévy, 1905.

France, Anatole, Opinions sociales, Paris, Société nouvelle de librairie et d'édition, 1902.

Corpus secondaire

Amalvi, Christian (dir.), Les Lieux de l’histoire, Paris, A. Colin, 2005.

Bancquart, Marie-Claire, Anatole France polémiste, Paris, A. G. Nizet, 1962.

Bancquart, Marie-Claire, Les écrivains et l’histoire : d’après Maurice Barrès, Léon Bloy, Anatole France, Charles Péguy, Paris, A.G. Nizet, 1966.

Bancquart, Marie-Claire, Anatole France : un sceptique passionné, Paris, Calmann-Lévy, 1984.

Cadiou, François, Coulomb, Clarisse, Lemonde, Anne et Santamaria, Yves, Comment se fait l’histoire. Pratiques et enjeux, Paris, La Découverte, « Repères », 2011.

Compagnon, Antoine, La Troisième République des lettres : de Flaubert à Proust, Paris, Seuil, 1983.

Delacroix, Christian, Dosse, François et Garcia, Patrick, Les courants historiques en France, 19e-20e siècle, Paris, Armand Colin, 1999.

Genette, Gérard, Palimpsestes. La Littérature au second degré, Paris, Le Seuil, « Essais », 1982.

Langlois, Charles-Victor, et Seignobos, Charles, Introduction aux études historiques [1898], Paris, Kimé, 1992.

Monod, Gabriel, « Du progrès des études historiques en France depuis le XVIe siècle », Revue historique, n°1, 1876, p. 5-38.

Nora, Pierre, Présent, nation, mémoire, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 2011.

  • 1. Selon l’expression forgée par Antoine Compagnon : La Troisième République des lettres : de Flaubert à Proust, Paris, Seuil, 1983.
  • 2. Anatole France, Le Crime de Sylvestre Bonnard, dans Œuvres I, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1984, p. 294.
  • 3. Le Puits de sainte Claire, dans Œuvres II, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1987, p. 567.
  • 4. Pour une étude plus approfondie de ce roman, nous nous permettons de renvoyer à : Julie Moucheron, « L’Île des Pingouins d’Anatole France : origines et horizons d’un antiroman historique », Belphégor, « Le roman historique dans la première moitié du XXe siècle », n°18/2, 2020 [en ligne] : https://doi.org/10.4000/bel phegor.3277
  • 5. L'Île des Pingouins, dans Œuvres IV, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1994, p. 10.
  • 6. Le Mannequin d'osier, dans Œuvres II, op. cit., p. 950. Nous soulignons.
  • 7. L'Orme du mail, dans Œuvres II, op. cit., p. 775.
  • 8. Ibid.
  • 9. Ibid.
  • 10. Les Désirs de Jean Servien, dans Œuvres II, op. cit., p. 419.
  • 11. L'Orme du mail, dans Œuvres II, op. cit., p. 775.
  • 12. Sur la pierre blanche, dans Œuvres III, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1991, p. 1109.
  • 13. Voir par exemple le roman de jeunesse refusé par l’éditeur Hetzel Paris au XXe siècle, découvert et édité pour la première fois à la fin des années 1980.
  • 14. M. Bergeret à Paris, dans Œuvres III, p. 258. Nous soulignons.
  • 15. Louis Bourdeau, L’Histoire et les Historiens, essai critique sur l’histoire considéré comme une science positive, Paris, Alcan, 1888.
  • 16. « Les torts de l’histoire », Le Temps, 13 mai 1888, repris dans La Vie Littéraire. Deuxième série, Paris, Calmann-Lévy, 1890. Nous soulignons.
  • 17. « À propos de l'inauguration du monument de M. Thiers au Père-Lachaise : M. Thiers historien », Le Temps, 11 septembre 1887, repris dans La Vie littéraire. Première série, Paris, Calmann-Lévy, 1888. Il y a bien entendu une dimension polémique à mettre en avant Thiers historiographe et une œuvre du début des années 1820 au moment où est érigé son monument funéraire, seize ans après la Commune de Paris.
  • 18. Notamment dans La Rôtisserie de la reine Pédauque (1893), Les Opinions de Jérôme Coignard (1893) et Les Contes de Jacques Tournebroche (1908).
  • 19. « M. Ernest Renan, historien des origines », Le Temps, 23 octobre 1887, repris dans La Vie littéraire. Première série, op. cit.
  • 20. « Roman et magie », Le Temps, 13 janvier 1889, repris dans La Vie littéraire. Deuxième série, op. cit.
  • 21. L'Anneau d'améthyste, dans Œuvres III, op. cit., p. 82.
  • 22. Jean de la Fontaine, Fables, VIII, 4 (1678) : « Le monde est vieux, dit-on : je le crois, cependant / Il le faut amuser encor comme un enfant ».
  • 23. « À propos de l'inauguration du monument de M. Thiers au Père-Lachaise : M. Thiers historien », art. cit.