Voyage des concepts : itinéraires et modalités

Canissius Allogho

02/11/2015

La revue À l’épreuve a choisi pour son deuxième numéro de s’intéresser au concept en tant que matière fondamentale des aventures épistémiques. Le concept est indéniablement à l’œuvre dans le dialogue incessant que nous avons avec les productions artistiques et/ou scientifiques. Objet spécifique parfois malmené, mais surtout partagé et re-questionné, il se présente comme la courroie de transmission de la pensée théorique. À travers lui, s’opèrent des croisements inédits et imprévisibles de trajectoires analytiques, d’écriture et de vie. À ce titre, interroger le voyage du concept apparaît primordial pour bien percevoir et comprendre les enjeux et les horizons mouvants de la recherche actuelle dans les sciences humaines et sociales.

Les textes réunis ici s’attachent à retracer les itinéraires et modalités de voyage, de circulation, de migration et de déplacement des concepts à travers le temps, les disciplines, les aires culturelles et géographiques et les pratiques individuelles. Les différents articles sont regroupés en trois axes.

Tout d’abord, la traduction en tant que véhicule conceptuel et la scientométrie comme outil de détection des itinéraires ont amené les contributeurs à élaborer des cartographies conceptuelles interrogeant les mutations engendrées par le voyage. Fanny Lorent à travers l’histoire de la collection « Poétique » décrit et questionne les diverses étapes et enjeux de la traduction de concepts importés de l’étranger. Elle montre que le « lieu de transfert » n’est pas seulement un simple espace de réception mais plutôt un laboratoire. Pour elle, la collection « Poétique » est une « terre d’accueil » où les chercheurs du collectif dessinent les itinéraires, négocient les significations, pensent et narrent l’histoire mouvante des concepts. Dans le même sillage, Romaric Jannel tente de comprendre comment certaines notions de la philosophie occidentale ont pu se retrouver dans le vocabulaire philosophique japonais. Il examine la traduction en japonais des concepts de « philosophie », de « nature », et de « métaphysique », et attire l’attention sur la part d’incompréhensibilité que renferment les systèmes d’équivalence et d’idéogramme utilisés lors des passages d’une langue à une autre. Enfin, Carolina Ferrer exploite les données de la scientométrie pour déterminer la fréquence d’utilisation, mesurer l’étendue géographique de propagation et estimer la vitesse de circulation dans le temps des concepts d’interdisciplinarité, de multidisciplinarité, de pluridisciplinarité et de transdisciplinarité.

Dans le deuxième volet de cette rubrique, les auteurs se proposent d’observer la migration controversée de concepts perçus comme suspects. Partant du constat d’une acclimatation problématique du concept « postcolonial » en France, Laure Demougin entend éprouver dans son article les frontières disciplinaires et institutionnelles, potentiellement régulatrices du flux migratoire conceptuel. Simon Labrecque évoque le refus en France du vocable « forainisation » pour traduire le concept anglais « foreignization », les institutions scientifiques ayant jugé préférable le terme « étrangéisation » pour la traduction française. Son étude soulève des préoccupations à la fois politique, éthique et épistémologique, recouvrant des problématiques liées à la responsabilité des agents et des institutions engagés dans la migration conceptuelle. Pour sa part, Chloé Galibert-Lainé expose l’évolution de la représentation du concept de « modernité » dans le cinéma brésilien. Elle montre comment ce dernier s’est distingué des modèles économiques, culturels et esthétiques du cinéma occidental, modèles qu’il a d’abord essayé d’imiter et dont il s’est progressivement détaché.

Le troisième et dernier volet porte sur les processus qui permettent au chercheur d’interpréter le concept, et plus spécifiquement, sur l’utilisation du bilan critique pour interroger ses significations. Marthe Metogho choisit ainsi de revisiter les diverses acceptions de la notion de « barbare » afin de préciser les enjeux de son emploi pour désigner le « nègre » sous l’ère coloniale et le « boche » durant les Première et Seconde Guerres mondiales. De son côté, Cécilia Benaglia analyse les enjeux et le succès du concept « baroque » en France et en Italie dans les années 1960 afin de mieux cerner sa fonction dans les œuvres des écrivains Carlo Emilio Gada et Claude Simon. Enfin, Augustin Voegele examine les diverses interprétations des concepts d’« unanime » et d’« unanimisme » de Jules Romains et met au jour des divergences interprétatives qui lui permettent de construire une signification plurielle et nuancée.

Dans la rubrique intitulée Work In Progress sont publiées les contributions de la journée d’étude organisée par le RIRRA 21 (6e édition) le 24 avril 2014. Malek Khbou propose une introduction à sa problématique de thèse axée sur la question de la fratrie dans son rapport à l’écriture diaristique chez Eugénie et Maurice de Guérin. Audrey Garcia explicite son « appareil conceptuel », élaboré à partir des travaux de plusieurs chercheurs sur la notion d’auteur, pour étudier la posture de Jean Cocteau dans son œuvre et plus globalement dans le champ littéraire. Rabiaa Marhouch expose un aspect de sa recherche centré sur l’analyse de la notion d’identité dans l’œuvre de Nina Bouraoui au prisme de la théorie de la perfomativité de Judith Butler.

Cette présentation succincte n’est qu’un avant-goût du contenu riche et varié du présent numéro que nous laissons aux lecteurs le loisir de découvrir plus amplement. Nous vous souhaitons une bonne lecture et remercions tous ceux et celles qui ont participé à l’élaboration de ce deuxième numéro.

Dynamiquement,

Rabiaa Marhouch, Olivier Migliore et Canissius Allogho

Comité de direction :

Rabiaa Marhouch : Doctorante en Littératures françaises et comparées à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Olivier Migliore : Doctorant en Musicologie à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Canissius Allogho : Docteur en Littératures françaises et comparées de l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Comité scientifique :

Marie-Ève Thérenty, Professeur de Littérature française à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Philippe Goudard, Professeur en Arts du spectacle à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Frédéric Mambenga, Maître de conférences en Littératures françaises et comparées à l’université Omar

Bongo, Libreville, Gabon.

Yvan Nommick, Professeur de Musicologie à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Guilherme Carvalho, Maître de conférences en Musicologie à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Guillaume Pinson, Professeur de Littérature française et québécoise à l’université Laval, Québec, Canada.

Guillaume Boulangé, Maître de conférences en Études cinématographiques et audiovisuelles à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Corinne Saminadayar-Perrin, Professeur de Littérature française à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Catherine Nesci, Professeur de Littérature française à l’université de Californie, Santa- Barbara.

Maxime Scheinfeigel, Professeur en Études cinématographiques et audiovisuelles à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Catherine Soulier, Maître de conférences en Littérature française à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Comité de lecture :

Marthe Oyane Metogho : Doctorante en Littératures françaises et comparées à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Arnold Emery Matsala Yangota : Doctorant en Littératures françaises et comparées à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Yannick Martial Ndong Ndong : Docteur en Littératures françaises et francophones, Études culturelles et postcoloniales de l’université de Strasbourg.

Amélie Chabrier : Maître de conférences en Littérature et Science du langage à l’université de Nîmes.

Marie-Astrid Charlier : Docteur en Littérature française de l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Lise Guiot : Doctorante en Études théâtrales à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Audrey Garcia : Doctorante en Littérature française à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Filippos Katsanos : Doctorant en Littérature comparée à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Bastien Cheval : Docteur en Études cinématographiques et audiovisuelles de l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Mélodie Simard-Houde : Docteur en Études littéraires de l’université Laval, Québec, et de l’université Paul Valéry Montpellier III.

Malek Khbou : Doctorante en Littérature française à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Doctorants ayant contribué à l’élaboration de la thématique :

Francine Ananian : Doctorante en Études cinématographiques et audiovisuelles à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Thierry Serdane : Docteur en Arts plastiques de l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Ammar Kandeel : Doctorant en Littératures françaises et comparées à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Marie-Dominique Bidard : Doctorante en Arts plastiques à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Marisa Ribeiro Soares : Doctorante en Études théâtrales à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Barthélémy Py : Docteur en Études cinématographiques et audiovisuelles de l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Nicolas Cid : Doctorant en Études chinoises à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

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ISSN  2534-6431