Henri Calet : « Depuis longtemps les foules m’attirent »

Adrien Aragon

28/02/2023

Plan de l'article :

  • Le flâneur et la foule parisienne
  • Les Deux bouts, une individualisation de la foule
  • Du singulier au collectif

 

Henri Calet (1904-1956) est l’auteur d’une œuvre riche et diversifiée débutée de façon remarquée en 1935 avec La Belle Lurette. Régulièrement réédités (notamment dans la collection « L’imaginaire » ou chez Le Dilettante), ses livres connaissent depuis une dizaine d’années un réel regain d’intérêt1. Alors qu’il a déjà fait paraître trois ouvrages chez Gallimard2, Pascal Pia invite Henri Calet, au cours de l’automne 1944, à participer au journal Combat pour faire le récit de la « pauvre quotidienneté3 » de l’après-guerre. En parallèle de ses activités d’écrivain, il entame ainsi une carrière de journaliste-chroniqueur atypique qu’il mènera jusqu’à la fin de sa vie. Durant l’hiver 1953, Calet se voit confier par Claude Bellanger, le directeur du Parisien libéré, une enquête dont l’objet sera de parler « des conditions de vie de gens pris un peu au hasard4 ». Le 25 mai 1953, Le Parisien libéré annonce en première page « une grande enquête d’Henri Calet », à suivre à partir du lendemain et intitulée « Un sur cinq millions », dont le propos est résumé de la façon suivante par le chapeau : « Les soucis, les peines, les joies de chacun d’entre nous décrits par un grand écrivain5 ». S’il s’agit bien de s’entretenir avec des individus, le chapeau insiste néanmoins sur la dimension collective de chaque portrait, ce que justifie encore le premier article de Calet, publié à la suite de cette présentation. « Depuis toujours les foules m’attirent6 » fait office d’introduction générale et explique aux lecteurs du journal ses intentions ainsi que sa méthode. Son enquête consistera avant tout à contempler la foule qui se déverse quotidiennement dans la ville pour y travailler et à en extraire une personne au hasard afin de la transformer en « star » d’un jour :

Oui, j’aurais voulu extraire de cette foule une personne quelconque, la première venue, au hasard, et la mettre, pour une fois, en pleine lumière, dans le feu des projecteurs. Entrer dans sa maison, dans sa vie. Partager, faire partager un jour de son existence. […] Il m’eût été agréable de causer avec chacun d’entre eux de nos soucis, de nos difficultés journalières, de nos joies, de nos espoirs, s’il en reste. Cette catégorie de Français que l’on ne questionne pas souvent, sinon jamais, sur leurs goûts et leurs habitudes, leurs manies, leurs distractions, leurs projets ; ceux qui n’ont jusqu’ici jamais eu la vedette7.

Chaque personne interrogée, clairement identifiée selon son sexe, son âge, sa profession, sa situation familiale et sa situation financière, devient le prétexte d’une chronique qui, s’inscrivant dans un ensemble, contribue à décrire les multiples facettes d’une société marquée par le contraste. Il n’est pas ici question de traquer l’exceptionnel ou l’évènement sensationnel mais plutôt de rapporter « ces petites histoires » communes à tous qui font la « grande aventure de tous les jours8 ».

Les Deux Bouts – paru chez Gallimard en 1954 dans la collection « L’air du temps » – reprend en volume les textes rédigés à l’occasion de l’enquête « Un sur cinq millions ». Les dix-huit portraits9 qui le composent dressent une radiographie de la société du début des années cinquante et se font l’écho des difficultés journellement rencontrées par les Français. L’objectif sera de montrer comment Calet, en observant la foule et en isolant un individu, parvient à décrire l’existence exemplaire de tous les anonymes pour finalement proposer une représentation de la foule constituée de tous ceux qui demeurent à la marge « Trente Glorieuses ».

 

Le flâneur et la foule parisienne

Depuis la disparition d’Henri Calet, les articles de presse se faisant l’écho de ses rééditions successives et les rares notices qui lui sont consacrées dans les histoires littéraires insistent systématiquement sur les liens qui l’unissent à la ville de Paris. Ainsi, Georges Henein, dans un texte rendant hommage à son ami intime, écrit, à l’été 1964, qu’il « n’aimait que Paris10 » ; pour Maurice Nadeau, Calet « fait de la capitale un grand village qu’il explore rue par rue, révélant des aspects inattendus : lieux et gens11 ». Pour Patrice Delbourg, Paris est, dans l’ensemble de l’œuvre caletienne, un « accotement de prédilection » en même temps qu’un « fil conducteur12 ». Enfin, Calet a droit à une notice dans l’étude que Marie-Claire Bancquart fait paraître en 2006, Paris dans la littérature française après 194513.

Effectivement, dès ses premiers romans, Paris est placé au centre d’un dispositif littéraire où l’évocation de caractéristiques clairement identifiées – les ruelles, les impasses, les fortif’, le métro – permet de définir une symbolique populaire commune au plus grand nombre. Toutefois, c’est après la Seconde Guerre mondiale que la capitale devient l’élément central de l’œuvre. En effet, l’intense activité journalistique de Calet le contraint à parcourir la ville pour rendre compte, au plus près, de la réalité des parisiens. S’il semble aujourd’hui admis qu’Henri Calet appartient à la grande famille littéraire des piétons de Paris, il se distingue résolument d’une image de rêveur philosophique et s’inscrit davantage dans les pas du « flâneur » tel que Balzac le définit dans Physiologie du mariage en 1829 :

Oh ! errer dans Paris ! adorable et délicieuse existence ! Flâner est une science, c’est la gastronomie de l’œil. Se promener, c’est végéter ; flâner c’est vivre. […] Flâner, c’est jouir, c’est recueillir des traits d’esprit, c’est admirer de sublimes tableaux de malheur, d’amour, de joie, des portraits gracieux ou grotesques ; c’est plonger ses regards au fond de mille existences : jeune, c’est tout désirer, tout posséder ; vieillard, c’est vivre de la vie des jeunes gens, c’est épouser leurs passions14.

Balzac oppose l’oisiveté supposée des promeneurs, qui marchent « comme ils mangent, comme ils vivent, sans y penser15 », à l’activité du flâneur tournée vers le monde extérieur. Le flâneur balzacien marche dans la ville au milieu de ses semblables, les sens toujours en alerte. Il observe et analyse les situations qui se présentent à lui et par lesquelles il peut éprouver du désir ou de l’empathie. Ainsi, l’écrivain-marcheur, en contexte urbain, se caractérise par la relation étroite qu’il entretient inévitablement à la foule et par sa capacité à l’« épouser » et à en extraire « l’électricité » qu’elle contient16 :

Le promeneur solitaire et pensif tire une singulière ivresse de cette universelle communion. Celui-là qui épouse facilement la foule connaît des jouissances fiévreuses dont seront éternellement privés l’égoïste, fermé comme un coffre, et le paresseux, interné comme un mollusque. Il adopte comme siennes toutes les professions, toutes les joies et toutes les misères que la circonstance lui présente17.

Dans Le Peintre de la vie moderne, Baudelaire expose une « théorie de la flânerie18 » qui s’applique, dans le Spleen de Paris, à un « promeneur solitaire ». Là où Balzac avait besoin de distinguer le « flâneur » et le « promeneur » pour introduire l’idée d’une flânerie active ouverte au monde, Baudelaire se concentre sur l’« universelle communion » qui unit un promeneur-flâneur à son environnement. Le « solitaire » qui « épouse » la foule s’oppose dorénavant à l’« égoïste » et au « paresseux », respectivement « fermé » et « interné ». Le mouvement prôné par Baudelaire, celui de l’ouverture et de l’extériorité, s’inscrit donc dans la continuité de Balzac, et pourrait permettre de comprendre la posture d’un Calet qui, malgré la discrétion de celui qui se dit en toujours en retrait des gens et des choses, recherche pourtant le contact de cette foule :

Depuis longtemps, les foules m’attirent, tout de même que le vide ou l’océan. J’éprouve parfois l’envie de me jeter dedans, de m’y noyer, de m’y perdre. Elles m’attirent et elles me font peur en même temps, cela n’est pas contradictoire. Je songe plus particulièrement aux foules de Paris, parce que je les vois souvent. (DB, 9)

Pour Calet, Les Deux bouts est donc l’occasion d’observer et de définir une foule qu’il sait indissociable de Paris et qui symbolise l’effervescence de la capitale, devenue le lieu de la concentration humaine où chacun est plus ou moins conscient qu’il participe d’un ensemble. Selon Serge Moscovici, cet « obscur besoin de fusion dans le tout19 » serait motivé par le fait que l’individu serait désireux de se défaire du poids de sa solitude. Ainsi, l’attirance exprimée par Calet pourrait s’apparenter à cette volonté de participer au rassemblement de la foule parisienne, d’extraire la « singulière ivresse de cette universelle communion20 », et de se mêler au flux de son activité. Pour autant, aussi tentante soit-elle, l’attirance s’accompagne d’une peur car celui qui se mêle à la foule prend aussi le risque de renoncer à son individualité. C’est précisément ce que décrit Victor Fournel, dans Ce qu’on voit dans les rues de Paris (1858)21, où la figure du flâneur s’oppose cette fois à celle du badaud :

N’allons pas toutefois confondre le flâneur avec le badaud : de l’un à l’autre il existe une nuance que sentiront les adeptes. Le simple flâneur observe et réfléchit […]. Il est toujours en pleine possession de son individualité. Celle du badaud disparaît, au contraire, absorbée par le monde extérieur qui le ravit à lui-même, qui le frappe jusqu’à l’enivrement et l’extase. Le badaud, sous l’influence du spectacle, devient un être impersonnel ; ce n’est plus un homme : il est public, il est foule22.

Le commentaire de Fournel est intéressant car s’il convient que le flâneur se caractérise par la « pleine possession de son individualité », il n’en reconnaît pas moins au badaud, devenu foule, « une dose de candeur qui n’exclut nullement le tact et la finesse, une de poésie, plusieurs de probité sévère et d’irréprochable honnêteté23 ». Selon lui, la badauderie se retrouve chez « le peuple, le petit commerçant, le poète, l’artiste, l’ouvrier, l’employé en retraite24 », autant de personnages qui font le quotidien de Paris et qui sont récurrents dans les livres de Calet. Selon cette approche, la foule ne serait plus à percevoir comme une masse informe mais se définirait comme une somme d’individus dont l’intérêt, pour celui qui est capable d’y prendre part tout en sachant demeurer en retrait, consisterait à en extraire chacune des particularités. Les badauds se contenteraient « de jouir sans trop chercher à approfondir25 » pendant que le flâneur mettrait à profit ses talents d’observateur. De ce point de vue, l’objectif, pour l’écrivain, ne serait pas tant de se fondre totalement dans la foule que de se mêler à elle pour en relever chacune des aspérités qui font les individus :

En vérité, davantage que la foule elle-même, ce sont les individus la composant qui m’intéressent. J’avais pour dessein de la désintégrer, de tâcher d’en isoler quelques particules ; j’étais pris de curiosité, j’aurais voulu attraper un mouton du troupeau, capter une goutte d’eau de la mer, trouver l’aiguille dans la botte de foin… (DB, 9-10)

L’avant-propos des Deux bouts est éloquent car Calet y remet clairement en question la supposée homogénéité d’une foule dans laquelle il ne consent à plonger que pour en « isoler » des éléments. Cette remarque, qui intervient alors qu’il observe, devant la gare Saint-Lazare, le flux des travailleurs qui se pressent aux heures de pointe, explicite ce qu’il avait entrepris dès La Belle lurette et poursuivi ensuite dans chacun de ses livres. En effet, les vendeurs, les dactylos et les comptables (La Belle Lurette), le chômeur Joseph Cagnieux (Le Mérinos), l’additionneur de la nouvelle « Temps pris » (Trente à quarante), les enfants abandonnés de l’après-guerre (Contre l’oubli), Carmen Mussidan (Le Tout sur le tout), un jeune couple qui s’embrasse (Monsieur Paul) et la poinçonneuse dont la robe est recouverte de confetti jaunes et bleutés (Le Tout sur le tout) représentaient déjà quelques-unes des « particules » de cette foule parisienne qui se croise et prend forme dans le métro. Calet évoque souvent le « parfum très secret des dessous de Paris26 », résultat du mélange incontrôlé de toutes ces solitudes qui se côtoient dans ce lieu clos sans s’amalgamer. L’odeur indéfinissable et caractéristique du métro parisien est le symbole d’une promiscuité subie et finalement peu harmonieuse. Cela vérifie, dans une certaine mesure, la pensée de Marc Augé, qui considère le métro comme étant, « pour ceux qui l’utilisent chaque jour », l’expérience de « la collectivité sans la fête et [de] la solitude sans l’isolement27 ».

Être au contact de la foule, pour Calet, ne consiste donc pas à la décrire de loin dans le but d’affirmer son indépendance, comme il ne s’agit pas de se fondre dans la masse au risque de mettre en jeu sa propre individualité. En affirmant, au contraire, la multiplicité des individualités qui font la foule de Paris, il devient possible de ne pas se désolidariser de tous ces êtres « semblables en solitude28 ». C’est par ces mots que Jacques Réda, autre piéton de Paris, désigne les voyageurs de la ligne de Versailles, dans lesquels il se reconnaît sans avoir besoin de les accompagner à bord du train. Cette ressemblance des solitudes, revendiquée par Calet, refuse la posture de la singularité supposée de l’écrivain par rapport à la foule, en même temps qu’elle contredit l’idée d’une fusion de ces solitudes dans une même masse. L’attitude du piéton Henri Calet pourrait donc être le résultat d’un double refus : celui de demeurer extérieur à la foule comme celui d’y être amalgamé.

 

Les Deux bouts, une individualisation de la foule

Dès l’« avant-propos » des Deux bouts, la première personne du pluriel, répétée à loisir, témoigne du fait qu’Henri Calet se solidarise des modestes conditions qu’il souhaite décrire. Il assume son rôle d’enquêteur et s’offre de réparer un injuste anonymat en « nous accord[ant] la grosse manchette » et en « mont[ant] en épingle » les banales histoires du quotidien (DB, 10). Un sociologue de profession se refuserait certainement à revendiquer ouvertement une appartenance qui ne pourrait que remettre en cause l’objectivité de ses hypothèses et de ses conclusions. Toutefois, ne serait-il pas possible de voir, dans cet « avant-propos » comme dans le dernier portrait consacré au couple de vieux travailleurs dont Calet reconnaît, à la dernière phrase qu’il vient « d’interviewer [s]on père et [s]a mère » (DB, 193), une volonté de revendiquer sa légitimité à parler d’un univers qu’il connaît pour y avoir appartenu ? S’il ne saurait bien entendu être question d’attendre de Calet qu’il se conforme à la rigueur d’une démonstration sociologique, force est de constater que la démarche qu’il adopte dans Les Deux bouts s’apparente à peu de choses près à celle défendue par les méthodes qualitatives.

En effet, Calet confère à son enquête une orientation précise et dévoile clairement que plutôt que de s’intéresser au « Paris dont on parle généralement le plus : le Paris monumental, artistique, pittoresque, touristique, le “Gay Paris’’, le Paris des théâtres ou des boîtes de nuit à femmes plus ou moins nues », il s’agira, dans Les Deux bouts, d’observer un Paris plus « commercial, artisanal, industriel, en un mot : utilitaire, un Paris en tenue de travail » (DB, 9). L’enquête se construit autour d’un postulat de départ simple, transparent dès le titre de l’ouvrage, et consistera à exposer les difficultés quotidiennes des « classes laborieuses ». Ainsi, malgré le désir exprimé dans l’« avant-propos » de ne s’intéresser qu’au premier venu, le choix des personnes élues pour constituer son « échantillonnage de la population de Paris et de sa banlieue » (DB, 197) ne relève en aucun cas du hasard. Un rapide examen des dix-huit portraits qui composent Les Deux bouts permet au contraire de constater que Calet construit son panel avec une extrême minutie.

Le premier critère retenu est celui du genre et, en cela, Calet respecte presque systématiquement l’alternance et fait preuve d’une égalité quasi exemplaire, singulière pour l’époque, en réalisant neuf portraits d’hommes, huit portraits de femmes et le portrait d’un couple. En plus du genre, un deuxième critère semble s’affirmer comme étant décisif pour Calet, qui prend soin d’inclure dans son échantillonnage des personnes des différentes classes d’âge : trois ont entre seize et vingt ans, cinq ont entre vingt et vingt-cinq ans, deux ont entre trente et quarante ans, sept ont plus de quarante ans, tandis que le couple de retraité a plus de soixante-dix ans. Si l’on met en relation ces données avec le contenu de chacun des portraits, il devient possible d’établir des catégories qui rendent peut-être mieux compte de la classification opérée par Calet. En schématisant, les dix-huit portraits peuvent ainsi se diviser en quatre groupes : celle des apprentis ou étudiants de moins de vingt ans, celle des jeunes travailleurs de moins de vingt-cinq ans, celle des travailleurs éprouvés de plus de trente ans (la plus conséquente) et celle des retraités. Tous les âges et les différentes étapes d’une vie conditionnée par le travail sont ainsi représentés. Avec dix-huit portraits, c’est bien la foule qu’il tend à représenter.

Si Calet respecte une certaine parité dans le choix de ses sujets, il tend aussi à démontrer qu’une situation de travail corrélée à un âge et à un sexe donnés se retrouve presque obligatoirement reliée à un rôle social et familial précis. Si l’on observe les situations personnelles des huit femmes interrogées, il est possible de remarquer que seules trois d’entre elles sont mariées : Marie Lente et Marcelle, toutes deux femmes âgées de plus de quarante ans, et Mathilde Le Guetteur, seule exception parmi tous les moins de vingt-cinq ans. Les cinq autres jeunes femmes interrogées, âgées de seize à vingt-quatre ans, sont fiancées ou célibataires et ne semblent pas particulièrement pressées de se résoudre au mariage. Calet ne se risque à aucune conclusion mais laisse néanmoins au lecteur la possibilité de formuler certaines hypothèses : son enquête prouve-t-elle une prise d’indépendance de la part de jeunes femmes davantage préoccupées par leur insertion dans la vie active ? Démontre-t-elle une certaine émancipation morale et une plus grande prise de liberté vis-à-vis des impératifs familiaux et du mariage ? Ou, plus simplement, témoigne-t-elle du fait qu’il est toujours plus aisé, en 1953, d’interroger des jeunes femmes célibataires plutôt que celles qui, déjà mariées, ont été contraintes de se retirer du monde du travail pour s’occuper exclusivement de l’espace familial ? Toujours est-il qu’en quelques entretiens, il est possible de constater comment une situation individuelle tend à être partagée.

Si la situation familiale est sensiblement différente pour la majorité des hommes décrits dans Les Deux bouts, Calet procède néanmoins de la même manière. Sept des neuf hommes interrogés individuellement appartiennent à la catégorie des « travailleurs éprouvés » de plus de trente ans et, parmi eux, six sont mariés et pères de famille. Pour la grande majorité des femmes décrites, jeunesse oblige, le monde du travail précède le mariage tandis que pour les hommes, pour la plupart d’âge mûr, l’emploi est indissociable d’une vie de famille qui répond encore à des schémas stricts. À la difficulté du labeur quotidien, s’ajoute la réalité d’une existence écrite à l’avance, entièrement organisée autour du travail et conditionnée par lui. Comme le prouve l’exemple de Jean-Pierre Calmettes, l’apprenti boulanger de 17 ans aux cinquante-cinq heures de travail hebdomadaire promis à reprendre un fonds, l’homme est très tôt préparé à se définir par le poste qu’il occupe. De ce dernier découle la possibilité de mener une existence normée autour d’une cellule familiale type, toujours préoccupée de réussir à joindre « les deux bouts » (DB, 33, 61, 137, 167) et ponctuée de rêves collectifs qui ne vont guère au-delà d’une maison de campagne où se retirer une fois à la retraite, d’un lopin de terre à cultiver ou d’une course cycliste à laquelle assister le dimanche suivant. L’individu décrit la réalité de la foule.

Seuls Louis Gilbert, 25 ans, qui fait du porte-à-porte, et Ahmed Brahimi, le manœuvre de 32 ans immigré d’Algérie, paraissent échapper, pour des raisons différentes, à ce cadre social imposé. Si le premier, seul homme à être inclus dans la catégorie que nous avons appelée « les jeunes travailleurs de moins de vingt-cinq ans », semble correspondre à l'idée d’une jeunesse plus libre et peu désireuse de s’engager, le portrait d’Ahmed Brahimi démontre, au contraire, que les sujets sentimentaux demeurent accessoires lorsqu’une situation professionnelle précaire permet difficilement de répondre aux premiers besoins vitaux. Son cas est alors similaire à ceux d’Ernest Tury, le chômeur de la restauration, et de M. C., qui touche l’allocation allouée aux vieux travailleurs. Ils témoignent tous de la fragilité d’une situation dont l’équilibre est soumis à la condition de posséder un emploi stable et bien rémunéré. Dès lors que le travail vient à manquer, les difficultés liées au manque d’argent se doublent, pour tout un chacun, du risque de se voir placé en marge du reste de la société et donc d’être exclu de la foule.

Cette diversité des âges, des situations familiales et socio-professionnelles, pourrait répondre à un certain souci d’exhaustivité de la part d’un écrivain désireux de se livrer à une véritable enquête sociologique ayant pour thème le travail au début des années cinquante. Cependant, comme souvent, le véritable sujet traité par Calet ne saurait se limiter à celui qui semble le plus évident. En cela, le titre original de l’enquête parue dans Le Parisien libéré, « Un sur cinq millions », est peut-être plus fidèle à son entreprise que celui choisi pour l’édition en volume, Les Deux bouts. Alors que ce dernier se concentre sur une dimension économique, « Un sur cinq millions » insistait davantage sur le caractère à la fois interchangeable et complémentaire de tous ces individus qui prennent part, d’une façon ou d’une autre, au fonctionnement d’une société. Plutôt que de centrer l’interprétation des Deux bouts sur le postulat d’une étude sur le monde du travail, peut-être serait-il plus pertinent de considérer que ce dernier n’est qu’un prétexte pour décrire des situations personnelles devenues exemplaires et permettant de dépasser le simple cadre individuel pour, in fine, représenter la réalité vécue par ces « cinq millions » de personnes qui incarnent la foule parisienne.

 

Du singulier au collectif

La tardive précision apportée au commencement du seizième des dix-huit portraits que comptent Les Deux bouts29 éclaire sur les motivations profondes d’un écrivain qui privilégie ouvertement « le commerce quotidien de la vie » au « singulier » et au « pittoresque » :

Depuis le commencement de cette enquête, je n’avais pas recherché des professions singulières ou pittoresques, mais, au contraire, des gens exerçant des métiers connus et répandus. Des gens que nous sommes appelés à fréquenter dans le commerce quotidien de la vie. Le receveur est quelqu’un de ceux-là, on a journellement affaire à lui. (DB, 158)

Le choix des personnes interrogées n’est donc pas à envisager selon des critères de rareté ou d’incongruité, mais relève au contraire d’une banalité permettant au lecteur d’évoluer dans un univers familier et de s’identifier à ce qu’il lit. Au cours de son enquête, Calet s’entretient, dans l’ordre, avec un ouvrier en menuiserie, une vendeuse de grand magasin, un éboueur, une esthéticienne, un métallurgiste des usines Renault, une apprentie crémière, un représentant de commerce, une ouvreuse de cinéma, un apprenti boulanger, un manœuvre en bâtiment, une secrétaire, un manutentionnaire de la halle aux vins, une danseuse, un chômeur de la restauration, une violoniste, un receveur d’autobus, une deuxième esthéticienne et un couple de retraités. À l’issue de ces rencontres, Calet souligne en guise de conclusion :

J’ai un peu touché à tout : hommes, femmes, vieux, mariés, célibataires, ouvriers, employés ; le bâtiment, les usines, le commerce, les arts ; le pain, le vin, le lait… Un microcosme, un kaléidoscope, dans les tons neutres où le gris dominait. (DB, 198)

Au-delà même d’une profession devenue prétexte, il s’agit pour lui de rendre compte de l’existence de ces personnes semblables à toutes les autres — une parmi cinq millions — qui servent d’intermédiaire, que l’on côtoie tous les jours dans la rue, dans les transports en communs ou dans les boutiques et que l’on croise sans même parfois remarquer la présence tant elles se confondent avec leur tâche et avec nous-même. Ainsi, chaque entrevue se déroule selon le même schéma : rendez-vous est pris sur le lieu de travail, à sa sortie lorsqu’il est impossible à Calet d’y être introduit, ou, plus rarement, dans l’intimité du foyer. Les questions portent sur les diverses banalités pratiques qui composent le quotidien : heures de lever et de coucher, obligations ménagères, heures d’embauche et de sortie, déroulement type d’une journée de labeur, salaire et organisation du budget. Au-delà de cette structure fixe sur laquelle s’appuie l’enquête, Calet s’intéresse aussi aux à-côtés d’une journée de travail, à tout ce qui pourrait amener l’individu à dépasser sa fonction sociale et à définir son unicité. Cependant, force est de constater que les questions portant sur l’organisation des temps libres, sur les loisirs et sur les aspirations futures ne reçoivent que des réponses tout aussi convenues qui permettent finalement à Calet de « faire des rapprochements peut-être exemplaires » (DB, 199) entre ces êtres qui composent un Paris plus nuancé qu’il n’y paraît. Ainsi, s’il est possible de considérer Les Deux bouts comme une succession de situations personnelles et anecdotiques, elles dressent un portrait de la société de 1953 qui met singulièrement à mal la vision traditionnellement admise des « Trente Glorieuses ». Si cette appellation se vérifie d’un point de vue général, il est cependant difficile, pour le lecteur du début du XXIe siècle, de reconnaître dans Les Deux bouts les traces de la réalité d’une croissance économique telle qu’elle peut se donner à lire à travers les chiffres d’un manuel d’Histoire. La position de Calet est d’autant plus singulière que Les Deux bouts se situe à un moment charnière sur le plan économique et social. En effet, selon Berstein et Milza, cette période correspond au moment où « l’économie française connaît ses plus belles années sous la IVe République, celles de l’expansion dans la stabilité30 ». L’enquête de Calet, en plus de faire état des difficultés rencontrées journellement par les Français, témoigne donc aussi du décalage inévitable qu’il existe toujours entre la perception individuelle d’une situation vécue au présent et son analyse collective et globale qui s’écrit a posteriori. S’immiscer dans l’intimité de la vie quotidienne des personnes qu’il interroge permet à Calet de sortir des descriptions générales qui pourront se vérifier sur une frise chronologique mais qui apparaîtront toujours erronées du point de vue de la foule des anonymes qui subissent l’Histoire davantage qu’ils la font :

Tôt levés, tous, et tôt couchés. Une grande lassitude générale dans le corps. Non, ce ne sont pas les habitants du « gay » Paris dont on nous rebat les oreilles. Ni d’un Paris triste non plus. Disons plutôt d’un Paris mi-figue mi-raisin. (DB, 200)

Menant son enquête et composant Les Deux bouts en réaction à la fable de ce « “gay’’ Paris dont on nous rebat les oreilles », Calet déconstruit une caricature en prenant soin de n’en pas construire de nouvelle. Chaque individu interrogé n’est pas présenté comme étant l’illustration d’une théorie sociale mais permet, au contraire, d’introduire ou de donner à connaître un nouveau pan de réalité, sans jugement ni moralisme.

La volonté de décrire « Paris en tenue de travail » constituant le postulat de départ de l’enquête, il apparaît naturel de voir Calet s’attarder sur ce qui fait la difficulté de chacun des métiers qu’il observe. Qu’il s’agisse d’amplitudes horaires particulièrement longues, des petites et grandes difficultés physiques liées à une journée de labeur, ce n’est jamais que de façon extrêmement pudique, et comme si cela relevait du détail, qu’il se fait l’écho des banales misères humaines. Ainsi, en guise de conclusion au portrait de M.T., chef d’équipe aux usines Renault qui souligne l’inhumanité du travail à la chaîne, l’enquêteur remarque :

Au dernier moment encore, je me suis aperçu qu’il lui manquait deux phalanges à la main droite. De même que Riton, de Bezons, il n’avait pas jugé utile de me signaler cela. Le lendemain, lever 5 heures et demie. Demain, il allait de nouveau devoir élever la voix pour tâcher de dominer le tumulte de la grande tempête qui souffle quotidiennement sur l’île Seguin, à Billancourt. (DB, 62)

Cet épisode fait écho au portrait de Riton, le menuisier des ateliers de Charonne, dont Calet remarque la semblable infirmité – une phalange manquante aux deux doigts de la main gauche – dans des circonstances exactement similaires, au moment de le saluer pour prendre congé. L’enquêteur concluait son premier portrait sur une hypothèse – « Un accident du travail certainement » (DB, 20) – qu’il ne lui est pas nécessaire de répéter la seconde fois pour que le lecteur soit convaincu de sa pertinence et voie dans ces récurrences une vérité générale qui ne relève guère de l’anecdote.

« L’expansion dans la stabilité » de l’économie française n’est donc pas exempte de nombreux problèmes que Calet identifie. Avec ce portrait d’Ahmed Brahimi, Algérien de 32 ans, engagé à 18 ans dans l’armée française et ayant participé à la campagne de Tunisie, au débarquement d’Italie et à celui de Normandie, il dénonce en une phrase l’indifférence du gouvernement français envers ces anciens combattants Nord-Africains privés de reconnaissances à la Libération :

Ahmed a été affecté à la 2ème D.B. ; il a prononcé le nom : LECLERC avec quelque émotion. Il a débarqué en Normandie, il est venu à Paris, il a guerroyé en Alsace. Il était sergent. Malade, il a été renvoyé en Algérie, puis au Maroc où il a été réformé. Tout cela sans une blessure, mais aussi sans une médaille. Je crois qu’il aurait bien aimé avoir une médaille, n’importe laquelle. (DB, 95)

Revenu en France en 1952, Ahmed appartient au contingent de 154 000 Nord-Africains – une autre foule – appelés en France pour pallier le manque de main d’œuvre31. Outre l’indifférence et le racisme dont il est victime, l’exemple d’Ahmed Brahimi permet aussi à Calet de pointer du doigt l’une des grandes problématiques de la période d’après-guerre : la vétusté et la pénurie de logement, qualifiée par Berstein et Milza de « point noir » dans le développement des industries de consommation32. Ainsi, l’impossibilité d’accéder à la propriété est ce qui caractérise la foule des jeunes ménages33 dont Calet rappelle, avec l’entretien de Denyse, la vendeuse du Bon Marché qui soumet son projet de mariage à la condition de pouvoir acquérir un appartement, qu’ils sont « à Paris 60 000 jeunes fiancés qui attendent comme [elle] un logement » (DB, 28). Lorsqu’il n’est pas question de pénurie, c’est l’exiguïté et l’insalubrité des habitations qui reviennent comme un leitmotiv et, symboliquement, constituent les sujets principaux des deux portraits qui encadrent Les Deux bouts. Dans « La retraite ou la mort », dernier portrait des Deux bouts qui concluait aussi l’enquête « Un sur cinq millions », Calet décrit la maison que ses parents occupent depuis 1920. Au bout d’un escalier sombre et dangereux empuanti par l’odeur des cabinets situés sur le palier, le couple de V.T., pour « vieux travailleurs », occupe un deux pièces sans eau courante. Cette réalité familière permet à Calet de pointer du doigt quelques-unes des vérités encore d’actualité en 1953 :

Car ils ont le gaz et l’électricité. On est au XXe siècle, que diable, et dans la Ville Lumière, et qui plus est, dans un quartier élégant. Ce sont, en somme, des favorisés. Ils ne savent peut-être pas que 51% des logements parisiens sont dépourvus de w-c, de gaz ou d’électricité ; 83% de salle de bains. Mais on n’en demande pas tant. Ils n’ont pas d’eau, c’est vrai, mais (je reprends la statistique), il en est de même dans 23% des logements de Paris. C’est, en quelque sorte, consolant. (DB, 187)

Illustrée à grand renfort de chiffres et d’ironie dans ce dernier portrait, la question du logement constitue le véritable fil rouge de l’enquête et devient le premier indice de la difficulté à joindre les deux bouts. Les problématiques qui lui sont liées concernent la majorité des parisiens et les développements en cours dans la société française sur fond de reprise économique ne sauraient masquer les disparités sociales qui subsistent. Comme à son habitude, Calet ne revendique rien mais se contente de relever des faits dont la somme transforme le caractère anecdotique en une vérité générale et quotidienne, commune à tous.

En mars 1954, Les Deux bouts reçoit un accueil très favorable de la part du public34 et la presse salue le « remarquable documentaire sur la médiocrité et la dureté de la vie actuelle du Français moyen35 ». Georges Henein, dans une lettre datée du 5 avril 1954, qualifie le livre d’« essai de sympathie » dont il serait impossible de n’être pas « complice1 ». Dans un contexte marqué par l’appel de l’abbé Pierre, le 1er février 1954, le « populisme véritable, sans procédé ni outrance37 » dont Calet fait preuve dans ce livre, lui vaut d’être longtemps en course pour l’attribution du prix Albert-Londres38. Livre d’un reporter qui se soucie peu de l’évènement, d’un enquêteur social qui ne se risque à aucune théorisation et d’un romancier qui n’écrit pas de roman, Les Deux bouts rend compte d’un pauvre quotidien dénué de grandiose tout autant que de tragique. Avec ces portraits, Calet parvient à singulariser des individus sans pour chercher à les rendre exceptionnels. Ainsi isolés, ils ne demeurent pas moins solidaires d’une foule hétérogène qui se caractérise autant par la multiplicité que par la similitude.


Références

Œuvres d’Henri Calet :

La Belle Lurette [Gallimard, octobre 1935], 2010, Paris, Gallimard, « L’Imaginaire », 2010.

Le Mérinos [Gallimard, septembre 1937], Paris, Le Dilettante, 1996.

Fièvre des polders [Gallimard, juillet 1939], Paris, Gallimard, « L’Imaginaire », 2017.

Le Bouquet [Gallimard, mai 1945], Paris, Gallimard, « L’Imaginaire », 2001.

Les Murs de Fresnes, Paris, Les Éditions des Quatre Vents, 1945.

América, Paris, Mercure de France, 1947.

Trente à quarante [Éditions de Minuit, avril 1947], Paris, Mercure de France, 1991.

Le Tout sur le tout [Gallimard, juin 1948], Paris, Gallimard, « L’Imaginaire », 2011.

Rêver à la suisse [Éditions de Flore, décembre 1948], Paris, Pierre Horay, 1984.

L’Italie à la paresseuse [Gallimard, avril 1950], Paris, Le Dilettante, 1990.

Monsieur Paul [Gallimard, octobre 1950], Paris, Gallimard, « L’Imaginaire », 2007.

Les Grandes Largeurs [Vineta, novembre 1951], Paris, Gallimard, « L’Imaginaire », 2008.

Un grand voyage [Gallimard, octobre 1952], Paris, Le Dilettante, 1994.

Les Deux Bouts [Gallimard, mai 1954], Genève, Héros Limite, « Tuta Blu », 2016.

Le Croquant indiscret [Grasset & Fasquelle, octobre 1955], Paris, Grasset, « Les Cahiers Rouges », 2015.

 

Corpus critique :

Ajchenbaum Yves-Marc, À la vie à la mort, histoire du journal Combat 1941-1974, Paris, Le Monde Éditions, 1994.

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Baril Jean-Pierre, Henri Calet bibliographie critique 1931-2003, thèse de doctorat, Université Paris III, 2006.

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Réda Jacques, Les Ruines de Paris, Paris, Gallimard, « Poésie/Gallimard », 2018.

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Grandes largeurs, n° 1, été 1981.

Grandes largeurs, « Lettres Georges Henein - Henri Calet », n° 2-3, automne-hiver 1981.


1 Soulignons notamment les rééditions, en 2021, de Rêver à la suisse et Les Murs de Fresnes, aux éditions genevoises Héros-Limite.

 

2 La Belle Lurette (1935), Le Mérinos (1937) et Fièvre des polders (1939).

 

3 L’expression est d’Yves-Marc Ajchenbaum, À la vie à la mort, histoire du journal Combat 1941-1974, Paris, Le Monde éditions, 1994, p. 125.

 

4 Lettre à Georges Henein, février 1953. Grandes largeurs, « Lettres Georges Henein - Henri Calet », n° 2-3, automne-hiver 1981, p. 180-181.

 

5 « Demain dans Le Parisien libéré, une grande enquête d’Henri Calet : “Un sur cinq millions’’ », Le Parisien libéré, 25 mai 1953, p. 1.

 

6 Henri Calet, « Depuis toujours les foules m’attirent », Le Parisien libéré, 25 mai 1953, p. 6. Ce texte constitue l’avant-propos du livre Les Deux bouts.

 

7 Henri Calet, Les Deux Bouts, Genève, Héros-Limite, « Tuta Blu », 2018, p. 10. Toutes les citations sont extraites de cet ouvrage. Pour limiter les notes de bas de page nous utiliserons l’abréviation (DB) suivie du numéro de page.

 

8 « La grande Aventure de tous les jours », avec une majuscule sur le mot « aventure », était la phrase choisie par Gallimard pour figurer sur la bande de lancement de l’édition originale des Deux bouts.

 

9 L’enquête « Un sur cinq millions » ne comportait que seize articles. À l’occasion de la parution des Deux bouts, Calet ajoute deux portraits issus d’une autre enquête intitulée « Au hasard de ma route », parue dans Marie-France en octobre-novembre 1953.

 

10 Georges Henein, « Henri Calet », Grandes largeurs, n°1, été 1981, p. 69.

 

11 Maurice Nadeau, Le Roman français après la guerre, Paris, Gallimard, « Idées », 1992, p. 117.

 

12 Patrice Delbourg, Les Désemparés, 53 portraits d’écrivains, Paris, Le Castor Astral, 1996, p. 113.

 

13 Marie-Claire Bancquart, Paris dans la littérature française après 1945, Paris, Editions de la Différence, « Les Essais », 2006, p. 38-42. Le portrait de Calet n’y est précédé que de celui de Robert Sabatier (1923-2012).

 

14 Honoré de Balzac, Physiologie du mariage, Paris, Gallimard, « Folio », 1987, p. 52.

 

15 Ibid.

 

16 Charles Baudelaire, Le Peintre de la vie moderne, in Œuvres complètes, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 1980, p. 795.

 

17 Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, in Œuvres complètes, op. cit., p. 170.

 

18 Éric Hazan, L’Invention de Paris, Paris, Éditions du Seuil, « Points », 2002, p. 434.

 

19 Serge Moscovici, L’Âge des foules, un traité historique de psychologie des masses, Paris, Fayard, 1981.

 

20 Charles Baudelaire, Œuvres complètes, op. cit., p. 170.

 

21 Paru pour la première fois en 1855, Ce qu’on voit dans les rues de Paris est réédité en 1858 dans une édition augmentée. C’est cette deuxième version qui est reprise par notre édition de référence, datée de 1867, et disponible sur le site internet de la BNF à la page suivante : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k757298/f3.image.

 

22 Victor Fournel, Ce qu’on voit dans les rues de Paris, Paris, E. Dentu Libraire-Editeur, 1867, p. 270.

 

23 Ibid., p. 271.

 

24 Ibid., p. 272.

 

25 Ibid., p. 281.

 

26 Henri Calet, Le Tout sur le tout, Paris, Gallimard, « L’imaginaire », 2011, p. 220.

 

27 Marc Augé, Un ethnologue dans le métro, Paris, Hachette littératures, « Pluriel », 2008, p. 55.

 

28 Jacques Réda, Les Ruines de Paris, Paris, Gallimard, « Poésie/Gallimard », 2018, p. 72.

 

29 La précision est tout aussi tardive dans l’enquête « Un sur cinq millions » où le portrait consacré à Maurice Denis, receveur d’autobus, paraît dans Le Parisien libéré du 15 juin 1953.

 

30 Serge Berstein, Pierre Milza, Histoire de la France au XXe siècle, tome 2, Paris, Perrin, 2009, p. 496.

 

31 Ibid., p. 502. Entre 1951 et 1957, ce sont près de 164 000 étrangers qui arrivent pour travailler en France.

 

32 Ibid., p. 506.

 

33 Ibid., p. 506.

 

34 En 1958, le livre de Calet s’était écoulé à 2964 exemplaires soit un chiffre tout à fait honorable pour un ouvrage d’enquête déjà lu, par ailleurs, par les lecteurs du Parisien libéré. À titre de comparaison, à la même date il s’était vendu seulement 2771 exemplaires de Monsieur Paul, pourtant paru quatre ans auparavant (1950), et 7067 exemplaires du Tout sur le tout (1948) qui est, en 1958, le plus grand « succès de librairie » de Calet. Jean-Pierre Baril, Henri Calet bibliographie critique 1931-2003, thèse de doctorat, Université Paris III, 2006, p. 115-117.

 

35 Michel P. Schmitt, « La réception littéraire d’Henri Calet », in Europe, « Henri Calet », n° 883-884, novembre-décembre 2002, p. 157.

 

36 Lettre de Georges Henein à Henri Calet du 5 avril 1954. Grandes largeurs, « Lettres Georges Henein - Henri Calet », n° 2-3, automne - hiver 1981, p. 197.

 

37 L’expression est de Michel P. Schmitt, in art. cit.

 

38 Calet, qui avait déjà manqué le prix Goncourt avec Le Bouquet et Le Tout sur le tout, s’incline face au reportage d’Armand Gatti, Envoyé spécial dans la cage aux fauves, paru lui aussi dans Le Parisien libéré.

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ISSN  2534-6431